La naissance de Lou



Au moment où j'ai eu le plus sur mon test de grossesse, je rêvais déjà à notre première rencontre. Pour cette grossesse-ci, je voulais vivre ces neuf mois différemment, mais surtout, je souhaitais vivre une naissance comme j'avais tant rêvé. J'ai commencé par choisir un suivi avec une sage-femme, un suivi que j'ai trouvé tellement humain et rassurant. Grâce à ce suivi, j'avais le choix de décider si je souhaitais vivre ta naissance à la maison ou à l'hôpital. Après 20 semaines de grossesse, mon choix s'est arrêté sur l'hôpital. En habitant à 38 minutes de l'hôpital et en connaissant mes peurs et mes phobies dans la vie, je préférais être dans un cadre hospitalier en cas de complications.


J'avais le meilleur des mondes pour moi : j'allais accoucher à l'hôpital, mais avec une sage-femme.


Par la suite, j'ai ajouté à mon équipe de naissance ma précieuse Catherine, mon accompagnante à la naissance, qui allait être présente pendant ma grossesse, mon accouchement et mon post-partum. Nous avions vécu cette aventure avec elle pour notre petit Ély et nous avions adoré notre expérience.


J'ai aussi demandé à ma belle amie photographe Maude d'être présente pour cette journée importante pour nous. Cela fait quelques années qu'elle immortalise nos moments familiaux marquants. La naissance de Lou en fait partie, et je me sentais privilégiée à l'idée d'avoir des photos de ce moment magique, me permettant de revivre cette expérience à travers ses magnifiques clichés.

Enfin, la personne la plus importante à mes yeux pour cette naissance était mon Nyko, le papa de mon bébé, mon mari, mon fort, mon meilleur ami, la personne avec qui je veux traverser toutes les épreuves de ma vie.


Je n'oublie pas une personne dans cette naissance : moi, sa maman. J'étais celle qui portait notre petit Lou, qui était si précieux. J'ai consacré neuf mois à un travail mental afin de vivre cet accouchement naturellement, sans péridurale et en douceur. Je me donnais ce défi personnel, voulant me prouver que j'étais capable de me faire confiance, que mon corps de femme pouvait donner naissance à mon enfant de manière naturelle. Je savais que j'allais éprouver de la douleur, mais j'étais prête. Je savais à quoi m'attendre cette fois-ci, et je m'étais fait une équipe du tonnerre pour m'accompagner durant cette naissance. Mon plan était fait ; tout était prêt, de la musique d'ambiance à ma robe d’accouchement, en passant par les photos des enfants qui décoraient les murs de ma chambre d’hôpital, et mon mental, que j'avais forgé durant ces neuf derniers mois pour être prête à vivre les vagues de contractions qui allaient s’emparer de mon corps, jusqu’au moment de pousser pour finalement faire la rencontre de mon petit homme avec mon amoureux.


Le 11 avril 2025 a été la journée de ta naissance, ce moment que j'attendais avec impatience. Comparativement à tes frères, je n'avais pas peur de ta naissance, même si je savais que j'allais la vivre et la sentir encore plus, en voulant celle-ci naturellement. Mais je la rêvais, je l'imaginais dans ma tête quand je fermais les yeux.

Ce matin-là, j'étais seule, dans un calme que je connais rarement, ayant une grande famille à la maison. J'avais senti mon corps travailler toute la nuit, ayant eu un stripping la veille. Nous en étions à 40,4 semaines de cohabitation, mais aucune douleur, juste des petites vagues dans ma bedaine et dans le bas de mon ventre, une sensation familière mais très tolérable. Ce matin-là, j'ai pris la petite boisson magique conseillée par ma sage-femme, qui me disait qu'elle pourrait aider à débuter mon travail. Toute mon équipe était sur le stand-by, mais rien ne se passait. Je continuais à relaxer et à prendre soin de moi, comme je ne l'avais que rarement fait durant cette grossesse. J'étais toujours dans la course, mais ce matin-là, c'était mon moment. Je discutais avec mes amies via FaceTime, je faisais du ballon, j'ai pris un bain, je me reposais sur mon coussin de grossesse en écoutant la playlist de musique que mon mari avait préparée pour l’arrivée de notre petit homme. Dans ma tête, aujourd’hui, c’était ton arrivée, j’en étais persuadée.

J'ai finalement décidé d'appeler ma sage-femme pour l'informer de ma matinée, lui parler des sensations que j'avais, non douloureuses, mais j'avais l'impression que ça travaillait tout doucement. Au même moment que cet appel, j'ai eu ma première vraie contraction douloureuse. Trois minutes plus tard, j'ai ressenti une deuxième contraction et je lui ai fait part de ce que je vivais tout à coup. Je lui ai dit que j'allais aller dans le bain, que je pensais que ça commençait pour de vrai. Mon conjoint était en route vers la maison.


Debout devant ma baignoire, en sueur avec des contractions toutes les trois minutes, je décide que le bain n'est pas le bon choix et je vais sur mon ballon. J'entends la porte s'ouvrir ; ma grande amie entre et me dit qu’elle s'inquiétait car je ne répondais plus au téléphone. Nous commençons à calculer mes contractions et nous constatons toutes les deux que je suis effectivement à trois minutes d'intervalle, et nous décidons d'informer ma petite équipe que je partirai vers l'hôpital, puis nous appelons Nyko pour lui dire de venir me rejoindre là-bas au lieu de la maison. Quand j'ai vu le GPS afficher 38 minutes pour l’hôpital, je me suis dit que la route allait être longue dans la douleur des contractions, mais je l'avais vécue avec Ély aussi, alors je me disais que ça allait bien aller.


Je baissais la fenêtre pour sentir le vent, je tenais de toutes mes forces la main de la marraine de mon petit Lou, qui allait arriver sous peu. Je gérais du mieux que je pouvais la douleur qui revenait toutes les trois minutes. Je me disais dans ma tête : Sab, c'est passager, une contraction, ça va redescendre. Je regardais le temps du GPS diminuer en distance, j'avais hâte d'arriver à l’hôpital. Les contractions se rapprochaient, j'étais rendue à deux minutes ; la pause entre chaque douleur était moins longue. Je me disais de ne pas stresser : Sab, tu n'as pas perdu les eaux comme avec Ély sur la route, tu n'accoucheras pas sur la route, impossible, tes accouchements ont duré 6 et 7 heures pour tes deux derniers, ta peur est irréelle, promis.


Enfin, sur l'autoroute 30, à moins de 8 minutes de l’hôpital, j'allais bientôt arriver. Mon conjoint était déjà là-bas et m'attendait devant l’hôpital avec une chaise roulante, notre photographe et la sage-femme y étaient aussi. Notre doula était également en route.


Une contraction immense se produit, je me projette sur mon amie. Je sens un anneau de feu. À 6 minutes de l’hôpital, je ressens cette sensation inconnue : ça pousse, ce n'est pas vrai, Sab, ça doit être une envie d'aller à la selle. Je vérifie avec ma main : OMG je sens la tête. C'est impossible, je ne vais pas accoucher ici, NON, pas pour de vrai, j'ai peur. Je crie : « Mets-toi sur l'accotement, il sort ! » Moins de 15 secondes après, mon Lou était né. Judy et moi avons attrapé bébé et l'avons mis sur mon torse. Il pleure, je le réchauffe avec mon manteau et nous appelons le 911, mais pas de réponse. Nous appelons papa pour lui dire que le bébé est né et nous continuons notre route vers l'hôpital. Complètement sous le choc, je pleure et répète que je ne veux pas que mon bébé meure, je ne cesse de l'embrasser sur la tête jusqu'à notre arrivée à l’hôpital. Nous décidons de rentrer par les ambulances. La porte s'ouvre et une équipe complète se lance sur moi dans la voiture : des infirmières, une gynécologue de garde, des préposés, et j'entends « code rose » dans les haut-parleurs de l’hôpital. C'est quoi un code rose ? Où est mon conjoint ? Je me sens soulagée, mais j'ai encore peur. On ne cesse de me dire que mon bébé va bien, qu'il a juste eu un peu froid. On me met des couvertures chaudes sur moi et on pousse bébé et moi sur une civière dans l’hôpital. Une haie d'honneur nous attend : les gens travaillant à l’hôpital nous applaudissent et nous félicitent. Je pleure ; je me sens dans un film en tant qu'actrice principale auquel je n'ai pas voulu faire partie, je veux juste voir mon mari, le père de mon bébé.


Quelques instants plus tard, alors que nous roulons sur la civière vers le pavillon des naissances, je sens une main toucher mes cheveux. Il est enfin près de moi, mon homme, il voit enfin notre

mini-nous que je viens de mettre au monde en 47 minutes, un sprint dont je n'étais pas au courant que j'allais faire, je ne m’étais pas entraînée pour ce genre de course. En arrivant dans notre chambre, je me sens soulagée de voir mon équipe entourer moi, mais j'ai du mal à comprendre ce que je viens de vivre. Je suis épuisée ; tout vient de se passer si vite. Le cordon est coupé par papa, le placenta sort et les points sont faits.


Ce n’était pas ce que j’avais planifié. J’avais rêvé de cet accouchement. Mon bébé est en santé et moi aussi, je suis heureuse, mais déçue de moi en même temps. Je demande aux gens autour de moi si j’ai le droit de pleurer. Les larmes coulent ; je me sens comme si j’avais échoué mon dernier accouchement. Je suis perdue dans ma tête. J’ai eu peur, vraiment très peur. J’essaie de me laisser rassurer par mon conjoint, qui me dit que ça s'est bien passé malgré la situation hors du commun. Le retour à la maison a été très rapide ; j'avais accouché dans la voiture, mais tout allait bien pour moi et pour le bébé.


À 17h50, nous étions de nouveau en voiture, bébé, papa et moi, en route vers la maison. J'avais l'impression d'avoir simplement pris une après-midi pour accoucher et que je rentrais déjà à ma vie normale.


À 13h54, le 11 avril 2025, je suis retombée amoureuse. Un amour inconditionnel m'a frappée à nouveau ; j'ai rencontré mon troisième petit homme d'une drôle de manière, mais il a décidé que cette histoire serait la nôtre. Elle n'était pas comme maman l'avait imaginée, mais il a voulu me prouver que sa maman était plus forte que tout, que dans la vie, elle ne peut pas tout contrôler, mais malgré tout, elle peut se faire confiance, que quoi qu'il arrive, elle est capable.


À toi, chère future maman ou maman qui lis ce récit, je souhaite te partager un message : souviens-toi que ton histoire n'est peut-être pas celle que tu avais envisagée, mais chaque naissance est unique. Il est normal d'éprouver de la déception ou de la tristesse, mais ne te reproche rien, car cette naissance fait partie de votre parcours, à toi et à ton bébé, et te rendra encore plus forte.

À toi, mon petit Lou, maman t'aime plus que tout au monde, et je ne cesserai jamais de remercier la vie pour le privilège d'être ta maman.

Merci à mon Nyko Lazure d'être un mari et un papa exceptionnel. Je suis fière de ce que nous avons construit ensemble.

Nous sommes prêts à relever tous les défis qui se présentent. Je t'aime ❤️


Je veux juste souligner également qu’elle a donnée naissance avec un une-pièce. Elles ont passés bébé par le pantalon pour pouvoir le sortir. Si vous regarder la photo numéro 3, vous pouvez voir le cordon ombilical qui sort du pantalon.